Emprunter (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XII e siècle, aux sens de « prêter » et « se faire prêter ». Du latin populaire * imprumutare, altération de * impromutare, dérivé du bas latin promutuari, « d'avance ».
1. Demander et recevoir à titre de prêt. Emprunter quelque chose à quelqu'un ou, vieilli, de quelqu'un. Emprunter un stylo, un outil. Emprunter de l'argent à un ami, à une banque, à une maison de crédit. Emprunter une somme importante. Absolt. Emprunter sur gages, sur hypothèque. Il a dû se résoudre à .
2. Fig. Prendre et faire sien ; reprendre à son compte. J'emprunte ces détails au récit qu'il m'a fait. Ce mot est emprunté au latin ou, litt., du latin. Au XVI e et au XVII e siècle, la langue française a beaucoup emprunté à l'italien. La Fontaine a emprunté bien des sujets de fable à Ésope. Le musicien a emprunté cette mélodie à un chant populaire.
3. Class. Faire usage, pour un temps limité, des ressources, des attributs d'autrui. Emprunter le bras d'un ami pour se venger. Emprunter la voix, la démarche, les tics de quelqu'un, les imiter. Par ext. Emprunter le masque de la vertu, les apparences de la tristesse.
4. Class. Recevoir. La lune emprunte sa lumière au soleil ou du soleil. Ce raisonnement emprunte de la circonstance présente une force nouvelle. Les magistrats empruntent leur autorité du pouvoir qui les institue.
5. Auj. Dans le style administratif. Complété par un nom de voie de communication ou de moyen de transport, prendre, suivre ou utiliser. Le conducteur d'un véhicule doit la moitié droite de la chaussée. Les voyageurs sont invités à les voitures de queue. Empruntez le passage souterrain. Dans le langage courant. Pour aller plus vite, nous ons l'autoroute, nous prendrons l'autoroute.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Demander et recevoir en prêt. "Emprunter de l'argent. Emprunter à gros intérêts. Emprunter sur gages, sur hypothèque. Emprunter un cheval. Emprunter des livres. Emprunter de quelqu'un, à quelqu'un."
Il signifie au figuré Recevoir, tirer de, devoir à. "Ce raisonnement emprunte de la circonstance présente une nouvelle force."
"Le lune emprunte sa lumière du soleil;" Elle ne luit point d'une lumière qui lui soit propre, elle la reçoit du soleil.
Il signifie aussi figurément Se servir, user, tirer parti de ce qui est à un autre ou de ce qu'un autre fournit. "Emprunter une pensée à un auteur. Il a emprunté cela d'Homère, de Virgile. Cette langue n'a presque rien emprunté aux autres. Un mot emprunté du latin" ou "au latin. Emprunter le nom, le bras, la plume, le crédit, le secours de quelqu'un."
Le participe passé est souvent employé comme adjectif pour signifier Qui n'est pas propre à la personne ou à la chose dont il s'agit, qui n'est pas naturel. "Beauté empruntée. Charmes empruntés. Éclat emprunté. Ornements empruntés."
"Avoir un air emprunté, des manières empruntées," Avoir un air embarrassé, contraint, des manières peu naturelles, affectées.
"Ce livre a paru sous un nom emprunté," Il a paru sous un autre nom que celui de son auteur.
"Conter une histoire sous des noms empruntés," La conter sous des noms déguisés, sous de faux noms.



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Obtenir à titre de prêt. Emprunter de l'argent, un cheval, un livre.
    Absolument.
MOL.: « Ceux qui empruntent sont bien malheureux »
BOILEAU: « Bientôt, pour subsister, La noblesse sans bien trouva l'art d'emprunter »
BOSSUET: « Pour empêcher les emprunts d'où naissent la fainéantise, les fraudes et la chicane, le roi Asychis ne permettait aux Égyptiens d' qu'à condition d'engager le corps de leur père à celui dont on empruntait »
BOSSUET: « Il emprunte de tous côtés, pour se cacher à lui-même sa misère »

 2   Tirer de, prendre de, recevoir de. La lune emprunte sa lumière du soleil. Les magistrats empruntent leur autorité du pouvoir qui les institue.
BOILEAU: « Aimez donc la raison, et que tous vos écrits Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix »
VOLT.: « Virgile a emprunté d'Homère quelques comparaisons, quelques descriptions »
BARTHÉL.: « Les Grecs ont emprunté des Égyptiens l'idée et la forme des temples »
SÉG.: « Il [Napoléon] compte sur cette puissance d'illusion que lui donne sa renommée ; jusqu'à ce jour, elle a emprunté de lui une force réelle et immanquable ; il s'efforce donc par des raisonnements spécieux de soutenir la confiance des siens, et peut-être aussi le faible espoir qui lui reste »
    Absolument.
BOSSUET: « Voilà où elle [l'âme] est tombée quand elle a voulu des sens ; mais ce n'est pas encore là la fin de ses maux ; car ces sens dont elle emprunte, empruntent eux-mêmes de tous côtés »

 3   Avoir recours à, employer.
CORN.: « Sans ta main pour servir ma colère »
CORN.: « J'emprunte du secours et le fais hautement »
MAIRET: « Vos deux filles, seigneur, ont emprunté ma voix, Et leur coeur par ma bouche expliquait leurs misères »
RAC.: « Ne saurait-il rien voir qu'il n'emprunte vos yeux ? »
RAC.: « L'insolent de la force empruntait le secours »
VOLT.: « Et j'irais pour ma cause d'autres bras ! »

 4   Se couvrir d'une fausse apparence. Emprunter le masque de la vertu, le langage de l'humanité.
RAC.: « Il faut d'un suppliant le visage »
RAC.: « D'Achille qui l'aimait, j'empruntai le langage »

 5   V. n. Terme d'organiste. Lorsque, le sommier n'étant pas bien fermé, le vent qui doit aller dans un tuyau entre dans un autre, on dit : ce tuyau emprunte.

 6   Terme d'arithmétique. Se dit, dans l'opération de la soustraction, pour prendre une dizaine au chiffre placé à la gauche du chiffre supérieur trop faible pour que la soustraction se fasse.

 7   S'emprunter, v. réfl. Être obtenu par emprunt. Il y a des choses qui ne peuvent s'emprunter.

REMARQUE
    Quand le régime indirect d' est un nom de chose, il faut de : la lune emprunte sa lumière du soleil ; quand c'est un nom de personne, on met indifféremment à ou de : j'ai emprunté mille francs de mon ami ou à mon ami.

HISTORIQUE
    XIIème siècle
     Rois, p. 355: Respondi li prophetes : Va, emprunte de tes veisins vaissels vuidz et mulz
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Dont ent li message dui cens mars en la ville, et les baillerent au duc »
     Chron. de Rains, p. 47: Adonc avint que li rois de Cypre en ala à Acre et vot deniers à un bourjois
BEAUMANOIR: « Et s'il n'a nul home [pour un jugement par pairs], il les doit à son segnor, et li sires y est tenus à prester »
     Psautier, f° 45: Li pechierres a et ne soldra mie
     Agolant, p. 172: Par foi, Hiamont, trop par as mal erré, Quant sans ton pere t'es à Carlon mellé ; Car ci François ne sunt mie empruté ; Bien nous chalengent la lor grant herité
     ib. p. 163: Ne semble pas chevalier empruté
JOINV.: « Au partir que il firent d'Acre, le conte de Poitiers empronta joiaus à ceulz qui ralerent en France »
     Fabliaux, 2e éd. p. 245: Dame, bien soiez venue, Dit li moines, et bien trouvée. Cele ne fut pas empruntée, Ainz tert [essuye] ses ieux, si lui respond
    XIVème siècle
     Chastelain de Couci, V. 906: Furent maintes dames parées, Pas ne sembloient empruntées
     Bibl. des Chartes, 4e série, t. II, p. 68: Le dit Jehan emprinta de la Maison-Dieu de Bourges huit liz granz
    XVème siècle
     Patelin: Quel couleur [du drap] vous semble plus belle ? .... Tel que vous le pourrez avoir ; Qui emprunte n'y choysist mye
COMM.: « Furent empruntez cinquante mille ducats d'un marchand de Milan »
    XVIème siècle
MONT.: « Ce sont advantages empruntez, non pas nostres »

ÉTYMOLOGIE
    Berry, emprêter, empreuter ; wallon, epronter ; ital. improntare. Diez, trouvant le valaque imprumút, emprunt, imprumutá, , qui paraît venir du latin promutuum, un prêt, regarde le mot français comme ayant même origine. Mais im-promútuum, avec l'accent sur mú aurait donné sans doute comme dans le valaque impromut et non emprunt ; du moins c'est là une grave difficulté. Scheler essaye de la lever en recourant non au substantif, mais au verbe : verbe fictif impromutuare, d'où impromptuare, impromptare. Ce qui gêne un peu, ajoute-t-il, c'est la voyelle u pour le latin o. Cette difficulté de l'u pour l'o subsiste dans l'ancienne étymologie im-promptare, qui en a une autre, c'est que impromptare, qui vient par promptus, de promere, produire, fournir, devrait signifier prêter et non . Remarquons toutefois que, à côté d'emprunter, se trouve le Berry emprêter et l'ancien français emprest (voy. EMPRUNT, à l'historique) ; ceux-là viennent certainement de en, et praestare. On notera les formes citées à l'historique, empruter, emprinter, qui, réunies au Berry empreuter, semblent indiquer une incertitude entre ces formes. Il faut donc admettre que impraestare, qui, naturellement, signifierait prêter, a pris le sens d'emprunter. Impromptare, de son côté, a reçu dans l'italien inprontar la double acception, celle de prêter qui est directe, et celle d' qui est inverse. De cette discussion on peut conjecturer qu'une confusion s'est faite entre impromutuare et impromtare ; que l'u de promutuum s'est fait sentir dans emprunt ; que promptare se retrouve dans le wallon epronter et l'italien improntar, et praestare, dans l'ancien français emprest et le Berry emprêter.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Demander et recevoir en prêt. "Emprunter de l'argent. Emprunter à gros intérêt. Emprunter sur gages, sur hypothèque. Emprunter un cheval. Emprunter des livres. Emprunter de quelqu'un, à quelqu'un. J'emprunterai cette somme à un de mes amis. J'ai emprunté de mon oncle dix mille francs."
Il signifie figurément, Recevoir, tirer de, devoir à. "Les magistrats empruntent leur autorité du pouvoir qui les institue. Ce raisonnement emprunte de la circonstance présente une nouvelle force."
"La lune emprunte sa lumière du soleil," Elle ne luit point d'une lumière qui lui soit propre, elle la reçoit du soleil.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi figurément, Se servir, user, tirer parti de ce qui est à un autre ou de ce qu'un autre fournit. "Emprunter une pensée à un auteur. Il a emprunté cela d'Homère, de Virgile. Cette langue n'a presque rien emprunté aux autres. Emprunter le nom, le bras, la plume, le crédit, le secours de quelqu'un."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


Demander et recevoir en prêt. "Emprunter de l'argent. Emprunter à usure, à gros intérêt. Emprunter un cheval. Emprunter des livres. Emprunter à quelqu'un mille écus. J'emprunterai cette somme à quelqu'un de mes amis".
On dit, que "La Lune emprunte sa lumière du Soleil," pour dire, qu'Elle ne luit point d'une lumière qui lui soit propre, mais qu'elle la reçoit du Soleil.
On dit figurément: "Les Magistrats empruntent toute leur autorité de la justice, de la force publique. Emprunter le masque de la vertu. Emprunter les apparences de la vérité".
On dit aussi figurément, "Emprunter le nom, le bras, la plume, le crédit de quelqu'un", pour dire, Se servir du bras, de la plume, du nom, du crédit de quelqu'un.
On dit aussi, "Emprunter une pensée d'un Auteur," pour dire, Employer la pensée, se servir de la pensée d'un Auteur. "Il a emprunté cela d'Homère, de Virgile".



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Demander & recevoir en prêt. "Emprunter de l'argent. Emprunter à usure, à gros intérêt. Emprunter un cheval. Emprunter des livres. Emprunter de quelqu'un, à quelqu'un."
On dit, que "La lune emprunte sa lumière du soleil," pour dire, qu'Elle ne luit point d'une lumière qui lui soit propre, mais qu'elle la reçoit du soleil.
On dit figurément, "Emprunter le nom, le bras, la plume, le crédit de quelqu'un," pour dire, Se servir du bras, de la plume, du nom, du crédit de quelqu'un.
On dit aussi, "Emprunter une pensée d'un Auteur," pour dire, Employer la pensée, se servir de la pensée d'un Auteur. "Il a emprunté cela d'Homère, de Virgile."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

["An-preun-té"; 1re et 2e lon. 3e "é" fer.] Demander quelque chôse à crédit, pour la rendre ou la payer dans la suite. '"Emprunter de l'"argent, "des" livres, etc. "Emprunter à" quelqu'un ou de quelqu'un. Il semble que ces deux régimes se disent indiféremment. Il me parait pourtant que le 1er est meilleur pour les persones, et le 2d pour les chôses. 'Il "l'a empruntée" toute entière (cette jolie description) "à" M.... "Ann. Litt." 'Les Anciens pensoient que l'Éloquence peut bien " à" la Philosophie ses idées, mais que la Philosophie ne doit point " à" l'Éloquence son fard et ses couleurs. "Journ. de Mons." Là, "Philosophie" et "Eloquence" sont personifiés.
   Un Héros, qui "de" la victoire
   "Emprunte" son unique gloire,
   N'est héros que quelques momens.
"La Fontaine" lui fait régir l'acusatif de la persone. Dans la Fable des "Souhaits", deux hommes deviènent riches.
   Les voleurs contre eux complotèrent";"
   Les Grands Seigneurs "les empruntèrent";
   Le Prince les taxa. Voilà les pauvres gens
   Malheureux par trop de fortune.
Ce régime est inusité. "Emprunter" ne régit l'acusatif que de la chôse: il régit "de" ou "à" pour la persone.



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Verbe 


Demander & recevoir en prest. "Emprunter de l'argent. à gros interest. un cheval. des livres".
On dit, que "La lune emprunte sa lumiere du soleil," pour dire, qu'Elle ne luit point d'une lumiere qui luy est propre; mais qu'elle tire toute sa lumiere du soleil.
On dit fig. "Emprunter le nom, le credit de quelqu'un," pour dire, Se servir, se prévaloir du nom, du credit de quelqu'un.
On dit aussi, "Emprunter une pensée d'un Autheur," pour dire, Employer sa pensée, se servir de sa pensée. "Il a emprunté cela d'Homere, de Virgile".




Emplacement dans le dictionnaire :

empresse
empressement
empresser (s')
empresser (s')
emprise
emprisonnement
emprisonner
emprunt
emprunté

emprunteur
empuantir
empuantissement
empyème
empyreumatique
empyreume
emu
emulation
émulation
émule
emule




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...qu'il a d'ordinaire sur tous les marins. Maintenant c'était presque chaque semaine ; cela devenait une habitude . à quoi bon espérer ? Il n'y avait plus d'argent dans leur tiroir. Comment faire ? En emprunter à ces femmes, les voisines, qui de temps en temps buvaient aussi, et qu'elle dédaignait de connaître ; elle en aurait trop honte ! Pourtant elle était à bout de moyens pour cacher sa détresse à ses...


Citation n°2 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...celles des organes qui sont immédiatement subordonnés au précédent, leurs relations les unes avec les autres, avec les premiers et avec les fonctions diffuses de la société. Si nous continuons à emprunter à la biologie un langage qui, pour être métaphorique, n'en est pas moins commode, nous dirons qu'elles réglementent la façon dont fonctionne le système cérébro-spinal de l'organisme social. C'est ce...


Citation n°3 de Remy de GOURMONT (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers )

...( latrocinium- larcin), se refusent aux jeux savants de la prosodie. Comme la langue française, le vers français est un vers d'origine populaire, c'est-à-dire traditionnelle, et il ne pouvait emprunter au latin que des éléments assimilables à sa propre nature. Dès l'origine il fut fondé sur le nombre et sur la césure ; le vers de huit syllabes lui-même, qui se trouve tout fait dans les hymnes de...


Citation n°4 de Henri POINCARÉ (La Valeur de la science)

...généraux de la mécanique et cela nous suffit pour établir les équations du champ électro-magnétique. Ces principes sont des résultats d'expériences fortement généralisés ; mais ils semblent emprunter à leur généralité même un degré éminent de certitude. Plus ils sont généraux, en effet, plus on a fréquemment l'occasion de les contrôler et les vérifications, en se multipliant, en prenant les...


Citation n°5 de Henri POINCARÉ (La Valeur de la science)

...plus vifs que les particules sont plus petites, mais qu'ils ne sont pas influencés par le mode d'éclairage. Si alors ces mouvements ne cessent pas, ou plutôt renaissent sans cesse, sans rien emprunter à une source extérieure, d'énergie ; que devons-nous croire ? Nous ne devons pas, sans doute, renoncer pour cela à la conservation de l'énergie, mais nous voyons sous nos yeux tantôt le mouvement se...


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